Biskra : Fer de lance d’une révolution bleue : La production halieutique en pleine expansion !
Le docteur Salaheddine Oudainia, à la tête de la direction de la Pêche et de l’Aquaculture, mène un travail de fond, reconnu de tous, pour développer les divers créneaux de la pêche continentale et faire de Biskra un pôle national de production halieutique. Dans cet entretien, il dévoile les grandes lignes de la stratégie de […] The post Biskra : Fer de lance d’une révolution bleue : La production halieutique en pleine expansion ! first appeared on L'Est Républicain.

Le docteur Salaheddine Oudainia, à la tête de la direction de la Pêche et de l’Aquaculture, mène un travail de fond, reconnu de tous, pour développer les divers créneaux de la pêche continentale et faire de Biskra un pôle national de production halieutique. Dans cet entretien, il dévoile les grandes lignes de la stratégie de développement de ce secteur, les réussites enregistrées, les lacunes à colmater, les difficultés à surmonter, l’importance des partenaires envisagés et les perspectives offertes par la production industrielle de poissons d’eau douce, de crustacés, de coquillages, d’algues et d’eau d’irrigation enrichie.
Quelle stratégie sous-tend le développement de la pêche continentale ?
Pour faire face à la dépendance aux hydrocarbures et au gaz industriel, l’Algérie a opté pour une diversification des activités en termes de politiques économiques qui mettent en exergue les potentialités naturelles du pays. Le secteur de la pêche et de l’aquaculture, qui revêt un caractère stratégique, mène des actions conséquentes pour le développement et la promotion de la filière. De nouvelles orientations ont été lancées, synonymes d’une stratégie insolite basée sur l’ensemble de processus institutionnels et organisationnels, reposant sur des renseignements pratiques et des données circonstanciées, permettant ainsi d’atteindre les objectifs tracés. Ceux-ci visent un taux de production halieutique de 200.000 tonnes par an à l’horizon 2030 issue équitablement de la pêche hauturière et l’aquaculture marine, contribuant à l’émergence de l’économie productive, la création d’emplois et par conséquent l’amélioration de la sécurité alimentaire. L’aquaculture marine en cages flottantes et continentale dans les barrages et les étangs connaît un développement rapide. Les espèces faisant l’objet d’élevage sont la daurade, le loup de mer, très spécialement le tilapia, dont les alevins et l’alimentation sont produits localement, en particulier dans la wilaya de Biskra qui couvre 70 % du marché national.
Biskra a été choisie pour devenir un pôle national de l’aquaculture…
Biskra est considérée comme un modèle dans le domaine agricole et aquacole, puisque c’est la seule wilaya à l’échelle nationale qui dispose de toutes les chaînes de valeurs, eu égard à ses potentialités hydriques de différents profils ainsi que ses nappes phréatiques, allant d’eau douce, saumâtre, saline et albienne. Ces caractéristiques restent propices au développement de l’aquaculture en eau douce et saumâtre, en particulier le Tilapia, un poisson aux multiples vertus économiques et médicales, et espèce candidate par excellence faisant objet d’intégration de l’aquaculture à l’agriculture.
Quelles performances y sont enregistrées ?
La wilaya de Biskra se positionne à l’échelle nationale par le nombre de chaînes de valeurs, à savoir la pisciculture, l’algoculture et la fabrique d’aliments. Cette distinction trouvera son justificatif dans le soutien, l’accompagnement et l’intérêt que portent les autorités locales, à leur tête le wali, à cette filière. La production d’alevins de tilapia en 2023 et 2024 a frôlé les 500.000 et un million respectivement, tandis que celle relative aux poissons frais destinés à la consommation est estimée à 30 et 42 tonnes pour les mêmes années respectivement. Les prévisions de production en 2025 verront une nette augmentation suite à l’entrée en service de nouvelles exploitations spécialisées en alevinage et grossissement. Le paramètre de base en aquaculture étant l’alimentation, l’unité El Kantra Feed, située à El Kantara, a enregistré un volume de production de l’ordre de 1.848 tonnes de différentes granulométries. En réponse à la demande de cette unité, cette dernière a obtenu la première dérogation sanitaire à l’échelle nationale pour une éventuelle importation de 200 tonnes de farine de poisson, un ingrédient tant limité depuis des années mais qui reste primordial dans la formule zootechnique ichtyofaune. La ferme biologique Al Kiram de production de micro-algues, spécialisée dans la production de la spiruline sous forme lyophilisée, en paillette et en gélules, affiche une production de l’ordre de 150 et 35 kilos en 2023 et 2024 respectivement.
Quelles sont les retombées socioéconomiques attendues ?
L’aquaculture suscite un intérêt particulier pour les engagements qu’elle procure en termes de transition alimentaire. Elle assure à la fois une source de nourriture et de revenus supplémentaires, en particulier pour les exploitations agricoles intégrées à l’aquaculture. Sur les plans social, économique et environnemental, le secteur de la pêche et de l’aquaculture dans région de Biskra vise à accroitre la production piscicole, réservoir de bonnes sources protéiniques, et principalement à créer des postes d’emplois décents. Dans cette optique, Biskra en tant que région à vocation agricole a été sélectionnée comme seule et unique wilaya à l’échelle nationale par le Fond International pour le Développement Agricole (FIDA) à travers son programme « Pro Agro Jeunes » qu’il finance. Ce programme est mis en œuvre par un consortium dirigé par l’Organisation Internationale de Travail (OIT) en collaboration avec des partenaires tels que l’Agence Nationale de l’Emploi (ANEM), l’Agence Nationale d’Appui et de Développement de l’Entreprenariat (NESDA), le Bureau National d’Etudes pour le Développement Rural (BNEDER) et « Algeria Venture ». Il vise à financer les projets relatifs aux chaînes de valeurs sélectionnées. Plus de 70 jeunes porteurs de projets ont participé au concours ouvert par ce programme, dont douze ont pu accéder à la phase finale, bénéficiant ainsi du financement de la NESDA. Parallèlement, le FIDA s’est lancé dans l’extension de son programme dans la wilaya de Biskra pour une durée de six ans.
Pourquoi de jeunes aquaculteurs souffrent-ils encore de difficultés administratives pour accéder à un terrain, obtenir un prêt bancaire ou bénéficier d’une subvention étatique pour développer leurs activités ?
Je dirais que les jeunes ne souffrent pas car il n’y a pas lieu de souffrance, mais leurs projets sont assujettis aux textes et à la règlementation en vigueur relatifs à l’octroi de concession qui exige l’aménagement de toute zone d’activité aquacole avant toute attribution. La wilaya de Biskra enregistre trois zones d’activité aquacole et deux autres en cours de création. Ces sites feront l’objet d’inscription pour étude d’aménagement.
Les agriculteurs sont-ils sensibilisés et adhérent-ils au programme d’intégration de la pisciculture dans leurs exploitations ?
En tant que région à vocation agricole, des journées de sensibilisation et de vulgarisation ainsi que des formations ont été organisées dans la wilaya de Biskra au profit des agriculteurs relatives à la thématique d’intégration de l’agriculture à l’aquaculture, étant une discipline durable visant à intégrer la production du tilapia en particulier à l’agriculture de manière complémentaire, synergique et symbiotique. En moyenne, trois sessions de formation sont ouvertes annuellement, cumulant approximativement 200 agriculteurs. Le volet pédagogique est assuré sous la supervision et l’encadrement des spécialistes de l’institut technique de la pêche et de l’aquaculture de Collo, en collaboration avec la Chambre inter-wilaya de la pêche et de l’aquaculture d’Ouargla, l’entreprise publique « TikouyaVic » de Sidi Okba et les centres de la formation professionnelles. Il est à noter que plus de 400 bassins d’irrigation ont été ensemencés avec des alevins de tilapia dans les différentes exploitations agricoles. Cette imbrication permettra d’augmenter le rendement de 20 %, diversifier le revenu de l’exploitation ainsi que développer une production bio et durable par diminution de l’utilisation des engrais chimiques.
Comment établir un circuit de commercialisation et de débouchés pérennes ?
La disponibilité de cette denrée alimentaire s’effectue à travers l’ouverture d’espaces de vente directe identifiés et affiliés soit aux Chambres inter-wilaya de la pêche et de l’aquaculture soit aux autres points relavant du secteur privé conventionné. Cette opération permettra au citoyen d’accéder aux produits halieutiques à des prix concurrentiels et abordables tout en respectant la chaine de froid. Suite aux instructions du ministre du secteur, l’Office National d’Alimentation de Bétail (ONAB), une entreprise publique économique spécialisée dans la production d’aliments pour le bétail, des facteurs de production avicole, des viandes blanches et des produits élaborés, assure désormais la vente du tilapia pour approvisionner le marché local via ses points de vente affiliés dans plusieurs wilayas.
Quelles mesures préconisez-vous pour mettre ce secteur sur de bons rails et lui ouvrir des perspectives d’essor et d’épanouissement à la hauteur des ambitions du pays ?
Pour rester sur le même dynamisme, nous devons doubler d’effort pour diversifier le tableau d’investissement aquacole dans la wilaya afin de pouvoir compléter les deux chaînes de valeurs qui manquent au schéma général. Il s’agit de la promotion de l’industrie de transformation et de la mise en place d’une ferme aquaponique pour la production du tilapia en particulier, et ce, dans le but d’encourager son introduction dans le régime alimentaire d’un nombre d’établissements publics, dont les universités, les centres de formation professionnelle et les cantines scolaires. Il est à noter que la loi de finances pour l’exercice 2024 comprend de nombreuses incitations visant à encourager l’investissement dans la filière de l’aquaculture d’eau douce, notamment une prime incitative au profit des producteurs de tilapia, de l’ordre de 50 dinars pour un kilo produit.
Hafedh Moussaoui
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