Barrot à Alger : Un réchauffement et dix dossiers sur la table
C’est sans doute un début de dégel. Après plusieurs mois de crise et d’une tension extrême dans les relations entre l’Algérie et la France, le dialogue reprend ses droits, mettant fin à une rupture presque formelle sur le plan diplomatique et politique. Quelques jours après l’entretien téléphonique entre les présidents Abdelmadjid Tebboune et Emmanuel Macron, […] The post Barrot à Alger : Un réchauffement et dix dossiers sur la table appeared first on Le Jeune Indépendant.

C’est sans doute un début de dégel. Après plusieurs mois de crise et d’une tension extrême dans les relations entre l’Algérie et la France, le dialogue reprend ses droits, mettant fin à une rupture presque formelle sur le plan diplomatique et politique.
Quelques jours après l’entretien téléphonique entre les présidents Abdelmadjid Tebboune et Emmanuel Macron, c’est déjà le réchauffement et une première visite officielle du ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, est annoncée. Il est attendu ce dimanche 6 avril à Alger, à l’invitation de son homologue algérien, Ahmed Attaf. Cette visite intervient après un entretien téléphonique entre les deux ministres.
Si on ne connait pas encore les détails précis des entretiens qui auront lieu entre les deux chefs de la diplomatie, il est aisé de savoir que la priorité sera accordée aux dossiers qui fâchent, aux affaires qui méritent un règlement urgent et surtout à la réactivation du dialogue autour de plusieurs points des différends en suspens.
Dans un communiqué du ministère des Affaires étrangères, à l’issue de l’entretien téléphonique entre Attaf et Barrot, jeudi dernier, il est souligné que les deux responsables ont passé en revue « les principaux dossiers auxquels les deux chefs d’État ont demandé que soit accordée une attention particulière dans le cadre plus large du règlement des différends qui sont venus récemment contrarier le cours normal de la relation algéro-française ».
Globalement, dans une perspective de relance du dialogue et de la coopération entre les deux pays, il existe dix points sensibles de la feuille de route fixée par Tebboune et Macron, notamment dans trois secteurs qui méritent une attention spéciale en raison de leur impact direct : le dossier migratoire, les contentieux judiciaires et la coopération sécuritaire.
A la veille de la venue de Barrot en Algérie, le porte-parole du Quai d’Orsay a souligné dans un point de presse, que « l’idée générale, c’est d’incarner la reprise du dialogue avec les autorités à Alger et d’opérationnaliser la feuille de route » du communiqué conjoint publié à l’issue de l’entretien téléphonique entre Tebboune et Macron.
Selon ce porte-parole, à l’ordre du jour des discussions figurent « la reprise sans délai de la coopération sécuritaire, la réinitialisation immédiatement d’une coopération migratoire confiante, fluide et efficace qui permette de traiter de toutes les dimensions de la mobilité entre les deux pays dans une logique de résultats, la poursuite des travaux de la commission mixte d’historiens, qui est toujours à l’œuvre, la coopération judiciaire et les questions de coopération économique.
Un vaste programme dont la complexité s’est davantage accrue avec l’émergence de nouvelles sources de conflits, comme celle des ressortissants algériens soumis à l’OQTF (ordre de quitter le territoire français), les contentieux consulaires et juridiques (cas des extraditions d’anciens hauts responsables condamnés pour corruption) et le gel dans l’octroi des visas et les entraves à la circulation des biens et des personnes.
Pour de nombreux observateurs, on s’attend lors de cette visite à ce que le ministre français des AE aborde le cas de Boualem Sansal, un algérien naturalisé français depuis peu. Ce dernier a été condamné à 5 ans de prison ferme par la justice (tribunal de Dar el Beida) et cinquante millions de centimes d’amende pour ses propos portant atteinte à l’intégrité territoriale et à l’unité nationale.
D’origine marocaine, Sansal avait déclaré en octobre dernier dans une interview à un site d’extrême droite français, qu’une partie de l’Algérie appartenait historiquement au Maroc, citant des régions entières de Mascara à Tlemcen ou Béchar, reprenant exactement les vieilles thèses du parti expansionniste marocain El Istiqlal, qui revendiquait depuis les années soixante du siècle dernier des territoires allant du Sahara occidental jusqu’au fleuve du Sénégal, en passant par la Mauritanie, ainsi qu’une partie du Mali.
Il faut rappeler que le président Macron a demandé au président Tebboune de faire un geste de « clémence » et « d’humanité » à l’égard de Sansal, prétextant son âge et sa maladie. Tout le monde pensait à une grâce, mais cela semble être difficile en raison de l’appel à sa condamnation, ce qui annule provisoirement cette procédure qui ne répond qu’à des jugements définitifs.
Au-delà de ce cas, devenu un prétexte pour certains milieux politiques français notamment la droite et l’extrême droite, la visite de Barrot en Algérie est porteuse d’un message, celui d’un désamorçage de la crise diplomatique, d’une reprise du dialogue et d’une disponibilité au plus haut niveau à poser tous les dossiers sur la table des pourparlers.
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