Donald Trump et sa contre-révolution pour sauver l’Empire !
Une contribution d’Ali Akika – Que se passe-t-il aux Etats-Unis et où va ce pays avec Trump ? Je me suis... L’article Donald Trump et sa contre-révolution pour sauver l’Empire ! est apparu en premier sur Algérie Patriotique.

Une contribution d’Ali Akika – Que se passe-t-il aux Etats-Unis et où va ce pays avec Trump ? Je me suis posé cette question quand j’ai écouté en jubilant la brochette «d’experts» sur LCI, qui paniquaient et découvraient que l’Amérique vit avec des déficits alimentés par la planche à billets. Dans le déni dans lequel ces «experts» pataugent, ils étaient dans l’ignorance que la planche à billets a aussi et surtout financé tant de guerres et causé tant de morts et de misère. Et j’ajouterai que le fil à couper le beurre qu’ils semblent découvrir en parlant de déficit n’est point un secret. Et ce secret, on peut le lire chez les pères fondateurs anglais de l’économie politique, les Adams Smith et autre Ricardo, qui ont révélé les mécanismes du capitalisme naissant, et Karl Marx a complété leurs travaux en qualifiant la monnaie de marchandise, laquelle va ouvrir plus tard les portes à la finance qui «dévorera» l’industrie qui a déserté la grande Amérique.
Deux siècles plus tard, les «experts» de Trump lui conseillent une solution pour guérir son pays : réindustrialiser, donc produire des richesses et ramasser des dollars à travers les taxes pour combler les déficits. Voilà donc ce beau monde qui a enterré Marx et faisait les yeux doux à la «science» économique aidée de la psychologie pour pousser à la consommation et faire des emprunts pour que tout Américain puisse réaliser son rêve. Ce 2 avril, déclaré jour de libération de l’Amérique par Trump, est vécu en Europe comme l’ouverture des portes de l’inconnu et de l’enfer. Voilà pourquoi, les habitués des plateaux des télés avaient perdu le Nord et la boussole après les déclarations du nouveau shérif américain. Ils se contentaient de faire des calculs d’épiciers pour savoir à quelle sauce ils allaient être mijotés puis dévorés. Pas un instant ils n’ont pris la peine de convoquer l’histoire et cette fichue mondialisation qui a bouleversé les rapports de force dans le monde, ils ont préféré rester motus et bouche cousue sur ces bouleversements pour mieux se consacrer au spectacle de l’info où ils excellent.
Quittons la cour des miracles des télés et essayons de cerner au plus près ce «’jour de libération de l’Amérique», car le processus politique et économique lancé par Trump ce 2 avril va avoir des conséquences lourdes dans le monde entier. Retenons d’abord que les discours de Trump, émaillés de contradictions, ne semblent pas inquiéter les bonnes âmes quand le président des Etats-Unis tout puissant veut se faire passer pour un homme de paix en Ukraine et fournisseur de bombes qui enterrent les populations de Gaza sous les décombres de leurs maisons. Déjà, lors de sa première élection, on l’a vu à l’œuvre au Moyen-Orient avec ses «accords» d’Abraham et le cadeau du Golan offert à Israël. En Asie, il a voulu berner le président nord-coréen, échec total. Il déchira les accords sur le climat et les accords internationaux avec l’Iran sur le nucléaire. En résumé, les Etats-Unis sont dirigés par deux partis politiques qui ont grosso modo les mêmes objectifs en politique étrangère pour demeurer le gendarme du monde. Sauf que l’arrivée de Trump a des incidences sur la politique intérieure.
Ces incidences reflètent deux contradictions qui ont bousculé le consensus aussi bien sur la politique intérieure qu’étrangère du pays. Les taxes douanières de Trump en sont le symbole que je traiterai plus loin. La mondialisation ayant poussé à la délocalisation de l’industrie a déclassé à la fois la classe ouvrière et les classes moyennes des employés des secteurs dits de service. Ainsi, ces déclassements de beaucoup de catégories sociales ont fait voler en éclat le consensus dans la société et la crise a fini par atteindre le cœur de l’Etat appelé l’Etat profond. Ceci étant dit, il faut regarder de plus près les décisions de Trump, à la fois politiques et économiques, qui permettent de voir où vont les Etats-Unis. Ces décisions ont touché toute l’architecture du pays et dans la puissante Amérique, lesdites décisions sont intrinsèquement liées et lourdes de conséquences.
Les décisions politiques
La plus spectaculaire est celle d’arrêter la guerre en Ukraine au «bénéfice» de la Russie, qualifiée par l’ancien président Ronald Reagan de «mal absolu». Trump compte, avec la cessation de la guerre en Ukraine, se dégager de l’Europe, ce qui lui évitera le fardeau de l’entretien d’énormes troupes qui seraient plus utiles dans le Pacifique face à la Chine. Les Etats-Unis économiseront des milliards de dollars en obligeant l’Europe à prendre en charge sa sécurité. La paix donc avec la Russie en Europe mais la guerre dévastatrice en Palestine et en Iran qu’il faut désarmer et laisser Israël étaler sa morgue en occupant les pays de la région. Neutraliser la Russie en lui «offrant» d’investir dans le marché russe et supprimer les sanctions qui frappent ce pays depuis 2014, c’est tout bénéfice pour les deux pays, pense le stratège Trump pour appâter Poutine. Ensuite, dévaster le Moyen-Orient. Après ces deux décisions, éteindre le feu ici et arroser de bombes ailleurs, voilà l’Oncle Sam libre d’aller voguer, le cœur plus léger et l’âme plus tranquille, vers la grande et redoutable Chine. Ces différentes postures politiques semblent cohérentes aux yeux d’un Trump enivré par la réelle puissance de son pays et nous renseignent sur les forces politiques dans son pays et ses alliés dans le monde.
Les décisions économiques
Ces mesures ont mis sens dessus dessous le monde entier, comme je l’ai signalé plus haut. Et, le plus amusant ou ridicule, ces mesures étaient inimaginables il y a à peine cent jours. Mais pour Trump, en bon Américain, tout est possible dans un pays où seuls l’efficacité et le résultat comptent. En menaçant de taxes douanières pour soit remplir les caisses de l’Etat, soit obliger les usines étrangères à s’implanter aux Etats-Unis, Trump veut réindustrialiser le pays et défendre le dollar. Il découvre, en quelque sorte, la vraie économie que j’ai déjà signalée. Il découvre que l’absence d’industries est un handicap et une dépendance de l’étranger, sans compter le chômage et autres problèmes sociaux qui vont éclater les familles et les liens sociaux.
Il a sans doute vu Détroit, la capitale de l’automobile, devenir une ville fantôme. Il connaît aussi le statut prestigieux du dollar et les bénéfices engrangés grâce à son rôle de monnaie internationale. Un statut aujourd’hui menacé et, à l’avenir, la Réserve fédérale ne pourra plus faire fonctionner la planche à billets pour payer les guerres et ouvrir le crédit pour stimuler l’investissement et faire vivre le rêve américain. Pour perpétuer ce rêve, Trump a même pris la peine de menacer publiquement les BRICS qui militent pour la dédollarisation du commerce international. On le voit, une «révolution» économique s’avère être une nécessité pour tenir son rang sur la scène politique internationale, en l’accompagnant de bases militaires dans le monde grâce à une armée la mieux équipée du monde.
Les problèmes de défense nationale
Après les problèmes politiques et économiques, il y a un problème inconnu dans l’univers des perroquets quand ils parlent de la contre-révolution entamée par Trump. A savoir la politique et la stratégie de défense des Etats-Unis, alors que ce pays a un budget militaire colossal, avec des effets sur l’économie et une arme de la diplomatie. La défense nationale nécessite la possession et l’entretien d’un outil militaire puissant qui dissuade tout ennemi qui s’attaquerait aux Etats-Unis. A côté de cet outil militaire indispensable, vient de se greffer le problème des sciences et des technologies où les Etats-Unis constatent un certain retard par rapport à la Russie dans un certain domaine militaire, celui des missiles hypersoniques, par rapport à la Chine dans le domaine de l’Intelligence artificielle notamment, qui ont projeté ce pays à la 2e place de la puissance économique. Jusqu’ici, les Américains se «permettaient» tout grâce à la combinaison des deux piliers de leur puissance, l’arme atomique de dissuasion et le dollar étalon de l’économie mondiale. De nos jours, ces deux piliers ont quelque peu été érodés et expliquent l’attitude des Etats-Unis engagés dans la riposte actuelle à travers des visées de conquête du Canada, du Groenland et de Panama.
Trump a commencé avec les taxes de douanes immédiatement possibles et qui font entrer rapidement des dollars visibles à son électorat. Cette guerre économique est menée à défaut de pouvoir mener la guerre «militaire» qui est la continuation de la politique, comme le dit Carl Clausewitz. Rappelons que Biden, dès l’entrée des troupes russes en Ukraine, s’était engagé à ce qu’aucun soldat américain ne foulât le sol ukrainien. Quant à Trump, il veut carrément arrêter cette guerre au «bénéfice» de la Russie. Pourquoi ? Parce que les Américains ne peuvent pas et ne veulent pas d’une guerre. Rappelons la rage de Trump dans le bureau ovale disant à Zelensky : «C’est la troisième guerre mondiale que vous voulez ?» Ici, j’ouvre une parenthèse pour parler d’un certain Frédéric Encel qui vient de publier Il n’y aura pas de 3e guerre mondiale, car la Russie sera pulvérisée par l’Otan sans avoir besoin d’utiliser la bombe atomique. Pourquoi ce monsieur, par mensonge grossier ou ignorance crasse, oublie-t-il que c’est la Russie qui a refroidit les ardeurs de l’Otan et des Etats-Unis à utiliser l’arme nucléaire ? Tout le monde connaît aujourd’hui l’existence du missile russe Orechnik, porteur d’ogive nucléaire que rien ne peut arrêter et qui arrivera le premier à toucher le territoire d’un ennemi qui s’amuserait à tirer le premier sur la Russie.
J’ai écrit dans ces mêmes colonnes d’Algeriepatriotique sur l’avance des Russes dans le domaine des missiles hypersoniques, ce qui explique la demande des Etats-Unis de reprendre les négociations sur le contrôle des armements nucléaires… après avoir mis fin à ces contrôles. Ça rappelle aussi la demande actuelle de Trump de signer un nouveau traité avec l’Iran après avoir déchiré l’accord international lors de son premier mandat. Fermons la parenthèse, laissons les Encel raconter leurs médiocres analyses et ils n’auront que les yeux pour pleurer quand le ciel leur tombera sur la tête. Avec les taxes de Trump, ils sont en train de goûter aux délices de leurs blablas.
Conclusion en guise de «fil télégraphique» pour ne pas abuser de la patience des lecteurs
La contre-révolution qui se déroule aux Etats-Unis est un cycle qui a débuté sous le «règne» de Ronald Reagan aux Etats-Unis et de Margaret Thatcher en Grande-Bretagne. Sous Trump, le système est au bout du rouleau car les trois paramètres – politique, économique et de défense – se sont conjugués, chacun entrant dans cette combinaison avec ses limites ou «maladies». La crise est donc très profonde et touche la première puissance économique, dont la monnaie régule le commerce international, les Bourses qui plongent font écho de la gravité et de l’impasse d’un système. C’est un signe de l’incapacité de résoudre pareille crise en faisant appel à de la technique, utilisation par exemple de taxes pour colmater des brèches dans un système dont l’essence, la nature ne peut se guérir de banale technique comme ces guérisseurs du Moyen-âge qui voulaient guérir toute maladie en saignant le malade. L’aiguisement des contradictions à l’intérieur d’un pays qui se répandent dans le monde entier est le signe d’une profonde «maladie» qui nécessite une autre thérapie que les incantations de gourou.
Les exemples de l’histoire bien connus et analysés confirment cette nécessité. Le hasard n’existe pas, sauf quand il est l’enfant de ladite nécessité. Ainsi, l’économie de l’esclavage a laissé la place à l’économie féodale, laquelle a été balayée par l’économie de marché (capitalisme), lequel a enfanté des rivaux par le biais du capitalisme dit d’Etat, comme celui de la Chine et de la Russie. Cette crise qui a surgi dans l’économie est en train de se répandre dans la politique avec l’émergence des régimes dits autoritaires (e-libéral) où la guerre des mots fait rage autour des notions de souveraineté, de légitimité populaire et de légitimité représentative, etc. L’idéologie dominante tente d’imposer son vocabulaire. Ses idéologues semblent ignorer la phrase de Gramsci : «Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres».
Espérons que notre monde qui déborde d’intelligence aura le dessus sur ces monstres.
A. A.
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