Le doute cartésien de Jerome Powell
Au temps des crises économiques, la parole de Jerome Powell, le président de la Fed, la banque centrale américaine, est de celles qui comptent le plus, sur le cours des bourses, mais également sur l’opinion, pour qui elle constitue un point de repère. La personne en charge du cours du dollar est à coup sûr […]

Au temps des crises économiques, la parole de Jerome Powell, le président de la Fed, la banque centrale américaine, est de celles qui comptent le plus, sur le cours des bourses, mais également sur l’opinion, pour qui elle constitue un point de repère. La personne en charge du cours du dollar est à coup sûr quelqu’un d’influent. S’il lui prend fantaisie à un moment ou à un autre de jouer à l’oiseau de mauvais augure, et ce faisant à annoncer le collapse intégral, alors que de toute évidence il n’en est rien, un vent de panique n’en soufflera pas moins sur le monde. A plus forte raison si bien des signes visibles par tous sont déjà là qui confortent d’aussi sombres prédictions. Il se trouve que rien dans ce qu’il vient de déclarer, suite à la hausse drastique des tarifs douaniers voulue par Donald Trump, ne fait craindre le pire, l’effondrement généralisé de l’économie mondiale, une réédition de 1929, ni seulement une réplique de la secousse de 2008. La seule chose qu’il relève donnant à penser que le monde entre dans une terre inconnue, et que donc il ne faut rien exclure, ni le pire ni le meilleur, c’est que ces hausses en fin de compte ont été plus grandes que prévu. Que prévu par lui et le bureau de la Fed, bien sûr. Cependant, comme il n’a pas précisé le niveau de ses propres prévisions, nous ne sommes pas plus avancés sur le message qu’il voulait transmettre, si tant qu’il en ait un. Jerome Powell, en dépit de sa position privilégiée, ne voit rien venir avec certitude.
Il pense que des tarifs plus élevés sont par nature inflationnistes, ce qui est l’avis de tout le monde, de l’expert comme du profane. Que d’un retour de l’inflation il peut découler une baisse de l’activité, et donc un ralentissement de la croissance. Dans une situation de hausse de l’inflation, la bonne décision à prendre est d’augmenter les taux d’intérêt, ce qui est de nature à faire baisser les prix mais aussi à ralentir l’activité économique. Mais comme on lui demandait si une hausse des taux d’intérêt n’était pas imminente, il a répondu qu’on n’en était pas encore là. Ce que l’administration Trump n’aurait pas aimé, ce que même elle aurait pris pour un acte de malveillance de sa part, c’est justement qu’il annonce dès à présent une hausse des taux, dans la certitude où il serait des conséquences des nouvelles décisions. Powell n’a fait en l’espèce preuve d’aucune certitude, même pour ce qui est de l’inflation (d’ailleurs prévue par Trump, mais seulement comme une perturbation passagère,) dont il n’a au final rien exclu, ni qu’elle soit temporaire ni qu’elle durable, ni même qu’elle soit de la partie. Si le président de la Fed n’a pas des certitudes, mais rien que des doutes et des suppositions, alors même que l’administration américaine agit contre ce qui passait pour des lois d’airain de l’économie, n’est-ce pas que rien n’est encore joué, et que Trump pourrait bien gagner son pari, réindustrialiser l’Amérique ? La différence entre le processus d’industrialisation, qui concerne un pays comme le nôtre, une économie émergente, et la réindustrialisation d’un pays industrialisé mais que la mondialisation et les délocalisations ont déplumé, c’est que celui-ci peut n’avoir qu’à élever ses droits douaniers pour redevenir ce qu’une fois il a été. Rien ne le prouve encore, mais rien non plus ne prouve qu’il coure au devant d’une désillusion certaine. Les Etats-Unis sont devenus un laboratoire où a commencé le 2 avril une expérience sans précédent.