La guerre commerciale pour se réindustrialiser

De fait, les bourses ont baissé, toutefois pas jusqu’à la chute libre, dès après l’annonce américaine. Là aussi, nul besoin de faire des augures, il suffit d’attendre. Ou bien le marché financier poursuit sa chute, ou bien il l’arrête et se met à se redresser. L’administration américaine a parié sur le deuxième scénario, les principaux […]

Avr 4, 2025 - 21:41
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La guerre commerciale pour se réindustrialiser

De fait, les bourses ont baissé, toutefois pas jusqu’à la chute libre, dès après l’annonce américaine. Là aussi, nul besoin de faire des augures, il suffit d’attendre. Ou bien le marché financier poursuit sa chute, ou bien il l’arrête et se met à se redresser. L’administration américaine a parié sur le deuxième scénario, les principaux exportateurs aux Etats-Unis sur le premier. A la différence des Européens, moins les Britanniques toutefois, qui en l’occurrence ont bénéficié d’un traitement de faveur, les Asiatiques ne se demandent pas si les Américains sont devenus fous ou s’ils gardent toute leur raison en agissant comme ils le font. Ils sont occupés à se concerter sur une réponse commune à apporter à ce qui leur paraît de la part de leur principal partenaire économique une exaction délibérée et extrême, en aucune manière un acte irréfléchi qui manquera pas de se dénoncer comme tel. La réalité est que les Etats-Unis sont la seule puissance économique au monde susceptible de déclencher une guerre commerciale d’ampleur mondiale, qui plus est dans la certitude qu’ils la remporteront, condition préalable à un nouvel âge d’or pour eux. Ils ne se seraient pas engagés dans cette voie si une autre s’était offerte à eux les conduisant à moindre frais mais non moins sûrement hors de la trajectoire du déclin qu’ils parcouraient sans pouvoir s’en extirper. Le 2 avril est proclamé par leur président jour d’indépendance par référence implicite à une régression fatale à l’œuvre depuis longtemps, d’autant plus inexorable qu’elle se fait par gradation insensible. Les Etats-Unis ne peuvent rétablir leur puissance dans toute sa splendeur, affirme Trump, que s’ils se réindustrialisent, qu’ils se remettent à la production de biens réels, de bien consommables, nécessaires à la vie des hommes. Si la division du travail actuelle persiste, il en résultera à terme un nouvel ordre politique mondial où les premiers rôles reviendront aux pays producteurs. Tout le reste n’est qu’illusion de puissance.

Entre penser que l’administration Trump se méprend complètement en imposant d’un coup des droits de douane aussi élevés sur l’ensemble des marchandises affluant du reste du monde vers le marché américain, ainsi que le font les Européens notamment, et s’interdire de porter sur elle un jugement qui en fait revient à douter de sa santé mentale, le sens commun et la prudence voudraient qu’on n’aille ni dans un sens ni dans l’autre, et qu’on attende de voir comment toute cette histoire va se développer. Cette administration ayant proclamé le 2 avril, le jour où elle a pris ce tournant majeur, jour de l’indépendance économique, il suffit de se cantonner à son rôle de spectateur, ce que d’ailleurs on est de toute façon, pour obtenir réponse à toutes ses questions. Si les Américains ont eu raison d’agir aussi radicalement, et en opposition à la «science» économique, on ne manquera pas de le savoir, et sans avoir pour cela à s’armer de beaucoup de patience. Et s’ils ont eu tort, comme certains l’affirment péremptoirement en Europe, on le saura aussi, et dans un délai là aussi plutôt court. Cela pour une raison bien simple, c’est qu’en l’espèce les Américains n’agissant pas seulement au détriment de leurs partenaires économiques, mais aussi en violation des lois supposées toutes puissantes du marché. L’Union européenne est tellement certaine que l’administration Trump se trompe qu’elle s’interdit de lui répondre dans la précipitation, de crainte d’être comprise dans la même sanction inéluctable du réel.

Par Mohamed Habili