Préfet d’Algérie ?

Par A. Boumezrag – Bruno Retailleau semble avoir hérité d'un dossier en annexe : l'Algérie. Pardon, pas une annexe, un Etat souverain. Dans les couloirs du pouvoir français, on dirait que certains l'oublient. L’article Préfet d’Algérie ? est apparu en premier sur Algérie Patriotique.

Avr 3, 2025 - 11:53
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Préfet d’Algérie ?

Par A. Boumezrag – Il y a des ministres de l’Intérieur qui gèrent la sécurité, d’autres qui organisent des élections, et puis il y a ceux qui, à force de s’occuper d’un pays étranger, finissent par donner l’impression d’en être le préfet. C’est le cas de Bruno Retailleau, le dernier locataire de la place Beauvau, qui semble avoir hérité d’un dossier en annexe : l’Algérie. Ah non, pardon, pas une annexe, un Etat souverain. Mais, parfois, dans les couloirs du pouvoir français, on dirait que certains l’oublient.

Depuis son arrivée au ministère, Retailleau jongle entre deux missions : la gestion des flux migratoires algériens (comprendre : limiter au maximum les visas tout en facilitant les expulsions) et la diplomatie parallèle avec Alger, une diplomatie du bâton où chaque crise est un prétexte à durcir le ton. On pourrait croire que ces dossiers relèvent du Quai d’Orsay, mais non, c’est bien Beauvau qui dicte la marche à suivre. Le président algérien réclame-t-il un partenariat d’Etat à Etat ? Retailleau répond par une nouvelle restriction des visas. Alger exige du respect ? Retailleau convoque une conférence de presse pour parler des OQTF (obligations de quitter le territoire français) et de la «fermeté» nécessaire avec les ressortissants algériens.

Car, oui, dans l’esprit de certains responsables français, l’Algérie n’est pas un partenaire stratégique avec lequel on négocie, mais un territoire à administrer à distance. Une «province migratoire» dont il faut gérer les flux comme on gérait jadis les indigènes. Une sorte de sous-préfecture diplomatique où Paris impose ses conditions pendant qu’Alger proteste.

On pourrait sourire si cette vision des relations franco-algériennes n’avait pas des conséquences bien réelles. Chaque restriction de visa est perçue comme une humiliation de l’autre côté de la Méditerranée. Chaque déclaration sécuritaire alimente le ressentiment. Chaque crise migratoire devient une affaire d’Etat. Et à chaque fois, c’est le ministre de l’Intérieur qui monte au front, reléguant les diplomates au rang de figurants.

Mais, après tout, pourquoi s’en étonner ? Depuis l’indépendance, l’Algérie a toujours été un «problème intérieur» pour la France, un pays étranger traité avec les réflexes d’un passé colonial jamais totalement assumé. Les élites françaises n’ont jamais totalement coupé le cordon, et celles qui voudraient le faire en Algérie se heurtent à un système où la France sert encore de référence obsessionnelle. On oscille entre rejet et dépendance, entre bras de fer et petits arrangements.

Pendant ce temps, ce sont toujours les mêmes figures qui prennent les commandes du dialogue : non pas les diplomates, mais les ministres de l’Intérieur, comme si l’Algérie était encore un «dossier» à gérer et non un Etat souverain.

Mais, à force de rejouer la même partition, ne risque-t-on pas de tomber dans une impasse permanente ? Car, comme disait Karl Marx, paraphrasant Hegel : «L’histoire se répète toujours deux fois : la première fois comme une tragédie, la seconde comme une farce.»

Et si, en 2025, il était enfin temps de sortir de cette farce ?

A. B.

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