Contre l’IA: Plus de 1 000 artistes sortent un album silencieux

Les studios de musique seront-ils à l’avenir des lieux de silence, dans un monde dominé par l’intelligence artificielle ? C’est la question que posent plus d’un millier d’artistes britanniques, dont les chanteurs Damon Albarn, Annie Lennox et Kate Bush, en sortant ce mardi un album entièrement composé de silence. Par May M. Une manière de […]

Fév 26, 2025 - 20:57
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Contre l’IA: Plus de 1 000 artistes sortent un album silencieux

Les studios de musique seront-ils à l’avenir des lieux de silence, dans un monde dominé par l’intelligence artificielle ? C’est la question que posent plus d’un millier d’artistes britanniques, dont les chanteurs Damon Albarn, Annie Lennox et Kate Bush, en sortant ce mardi un album entièrement composé de silence.

Par May M.

Une manière de protester contre les intentions du gouvernement britannique, qui a pour projet d’assouplir le droit d’auteur afin de permettre une utilisation plus facile des contenus par les entreprises d’IA.
Baptisé Is This What We Want ? (Est-ce cela que l’on veut ?), l’album, auquel se sont également associés Jamiroquai, The Clash ou Billy Ocean, est composé d’enregistrements d’ambiance sonore de lieux et studios d’enregistrement vides. La liste des titres des 12 morceaux forme la phrase : «Le gouvernement britannique ne doit pas légaliser le vol au profit des sociétés d’intelligence artificielle».
Sur chacune des pistes, on peut entendre une mouche voler, un objet tombé par terre ou quelques pas dans un intérieur. «Dans la musique du futur, nos voix deviendront-elles inaudibles?», s’interroge Kate Bush, qui a enregistré l’un de ces morceaux dans son propre studio d’enregistrement, selon le Guardian.
«La proposition du gouvernement confierait gratuitement l’œuvre de toute une vie des musiciens du pays à des sociétés d’IA, permettant ainsi à ces entreprises d’exploiter le travail des musiciens pour les concurrencer», a dénoncé Ed Newton-Rex, musicien à l’origine de l’album.
Le projet du gouvernement travailliste de Keir Starmer prévoit d’appliquer «une exception au droit d’auteur» pour entraîner les modèles d’IA à des fins commerciales. Les entreprises développant ces modèles n’auraient ainsi plus besoin d’obtenir a priori l’autorisation des auteurs pour utiliser certains contenus. Les créateurs auraient toutefois la possibilité de «réserver leurs droits», pour s’opposer à l’utilisation de leurs œuvres pour entraîner une IA.
Le projet, qui était en consultation jusqu’à mardi, suscite depuis des semaines de nombreuses critiques au Royaume-Uni, où les industries créatives génèrent plus de 120 milliards de livres par an et emploient 2,4 millions de personnes, selon des chiffres officiels, et sont considérées comme un atout majeur du rayonnement économique et culturel du pays.
En parallèle de cet album silencieux, une trentaine d’auteurs et artistes, dont les chanteurs Elton John, Sting et Dua Lipa ou le prix Nobel de littérature Kazuo Ishiguro, ont publié mardi une lettre ouverte dans le journal The Times pour dénoncer une réforme «inutile et contreproductive».
Et dans une rare initiative commune, les principaux titres de la presse britannique – The Daily Mail, The Sun, The Guardian, The Times, ou encore The Daily Telegraph – arboraient tous en Une mardi un message sur fond bleu : «Make it Fair» (Faites que cela soit juste). «Sans rémunération, nos industries créatives ne survivront tout simplement pas», fait valoir la News Media Association, à l’origine de cette initiative.
En lançant la consultation mi-décembre, le gouvernement travailliste avait défendu une réforme devant apporter «un meilleur contrôle» aux créateurs de contenus utilisés par les développeurs d’IA. «Je pense que nous devons être équilibrés, mais je crois également que nous avons une incroyable opportunité avec l’IA», avait affirmé le Premier ministre, Keir Starmer, devant une commission parlementaire en décembre.
M. M.